Interview de Néfissa Bénouniche

Néfissa Bénouniche 1

Néfissa Bénouniche

Qu’est ce qui vous a donné envie de devenir conteuse ?

Une fâcheuse tendance à préférer la courbe aux lignes droites.
L’architecture est la première route que j’ai prise, et voilà qu’un jour, le conte m’a fait de l’œil… Mais j’étais à des lieues d’imaginer qu’un jour j’en ferai mon métier.
J’ai fait un petit détour, et depuis je me promène inlassablement dans cette infinie forêt.

Racontez nous votre plus beau spectacle…

Difficile d’en nommer un. Pour chaque spectacle, il y a des moments de grâce, des soirs miraculeux où le public, mon travail et moi même sommes en phase.
Cela dit, le plus beau spectacle est toujours la dernière création. Celle qui me donne l’impression d’avoir franchi une étape et qui me propulse plus loin. Le plus beau spectacle est celui d’une porte qui s’ouvre vers l’inconnu.

Quel a été le public le plus réceptif à vos contes?

Il n’y a aucune règle. Je crois que c’est sur ce plan que j’ai eu le plus de surprises.

J’ai joué une fois « Autour d’elle » (un spectacle sur l’argile) dans le cadre d’un colloque dont le thème était « la conscience matérielle ». Il y avait des étudiants, des conférenciers, des philosophes.
Gloups!
Et bien, ça a été un public réactif, enthousiaste et très concerné.
Après la représentation, certains m’ont même apporté un éclairage inattendu : ce jour là, j’ai même eu un moment l’illusion qu' »Autour d’elle » était un traité de philosophie bachelardienne.

Je m’étais figurée que « TOUTèKATA » (un spectacle sur les revenants, répertoire japonais) s’adressait davantage aux adolescents.
Juste avant de le jouer devant un public très sélect (les amis d’un musée), j’ai eu une petit inquiétude : La salle était comble. Il y avait une majorité de personnes d’âge mûr.
Ils allaient peut-être s’ennuyer.
Je n’ai jamais autant entendu rire. J’en ai été très émue.

Et puis la fois où je suis arrivée dans une bibliothèque et où, à la dernière minute, alors que j’étais sensée présenter « MAGHREBINADES », la bibliothécaire m’a demandé de raconter plutôt « SexotiquieS » (mythes érotiques inuits et amazoniens).
Elle avait reçu un conteur arabe la semaine précédente, et elle préférait faire découvrir à son public un autre répertoire.
Il y avait là plein d’enfants, et malgré toutes mes réserves et l’annonce faite aux parents sur le contenu des histoires, tout le monde est quand même resté.
J’ai été émerveillée par l’accueil et l’intelligence des enfants. Ils étaient complètement branchés sur l’imaginaire loufoque de ce répertoire.

Les histoires que vous racontez sont-elles tirées de livres de conte ou écrites par vous-même?

Toutes mes histoires sont tirées de livres de contes mais aussi de récits de voyageurs, d’ethnologues, de romans, de films, de poésies. Je ne crée pas l’histoire, je la réinvente.
Il arrive aussi que je garde intégralement une version parce que son efficacité est redoutable, et que je ne vois pas ce que je peux rajouter de mieux.

Ces histoires sont-elles liées à votre vécu en Algérie?

Le seul spectacle qui est lié à mon pays d’origine est « Maghrébinades ». L’une des histoires que je raconte est celle que je préférais lorsque j’étais petite. Mon arrière grand-mère me la racontait inlassablement.
C’est celui où j’ai le plus envie que l’on sente la complexité de l’identité algérienne à travers la forme que je lui ai donné, plus que le contenu.
La plupart des autres spectacles sont construits à partir d’autres répertoires.
Ce qui m’intéresse le plus, c’est le sujet que j’ai envie d’aborder. Voilà pourquoi je plonge dans des répertoires qui l’abordent le plus efficacement à mes yeux, Inuits, Amazoniens, japonais…, même (et peut-être surtout) si je ne les connais pas encore.

Propos recueillis par Amandine Eymes et Ophélie Marmont.

Retrouvez les représentations de Nefissa Benouniche ici

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