Interview Salah Oudahar

« Salah Oudahar, né en 1951 à Iflissen, en Kabylie maritime, il sort diplômé des Sciences Politiques. Il a enseigné à l’Université de Tizi-Ouzou jusqu’en 1992, date à laquelle il a quitté l’Algérie pour s’établir à Strasbourg où il développe depuis un travail au croisement de la recherche, de la création artistique, de l’action culturelle, sur les thèmes notamment de l’histoire et de la mémoire.
Il est directeur artistique du Festival Strasbourg-Méditerranée et Président de la Cie de théâtre et de danse Mémoires vives. »

[Y. Balangier, auteur]

« Sur ces terres de Kabylie maritime, l’exposition de Salah Oudahar nous donne à saisir le ciel, la terre et la mer dans de perpétuelles noces solaires et nocturnes. Sans grandiloquence. Au ras des vagues, des tissures, des blessures et des exils. Éternité d’un songe en devenir. »

[Abdelmadjid Kaouah, poète et journaliste]

Salah Oudahar

Les témoins du temps est un mélange de plusieurs types d’art, qu’est-ce que chacun d’entre eux apporte comme vision de votre histoire personnelle et pour l’exposition ?

Cette exposition a d’abord été réalisée il y a un an à Strasbourg dans le cadre du festival Strasbourg-Méditerranée à la médiathèque Malraux. Les concepts et prémices sont apparus en 2010-2011, j’ai ressenti le besoin de revoir les lieux de mon enfance, là où a eu lieu la guerre d’Algérie. L’exposition est une sorte de mémoire de la guerre d’Algérie dans mon enfance, il ne reste désormais que des ruines car les gens sont partis vivre vers les routes et les villes.
Les ruines de la guerre mélangées avec les ruines plus anciennes de l’histoire. J’ai voulu plonger dans la mémoire collective et la mémoire individuelle, et j’ai ressenti le besoin d’écrire quelque chose de plus précis et de prendre des photos. Les photos peuvent être inspirées des textes ou s’en inspirer, ce sont des rêveries, des échappées… J’ai voulu croiser des langages différents : des textes, des poèmes, des proses, des photos et des installations sonores.
J’aborde plusieurs thèmes : les ruines, les pierres, l’eau, le feu. Ce dernier peut être celui de la guerre, mais aussi celui de la passion. J’essaye de voir également, comment à partir d’une histoire singulière, on peut arriver à une histoire universelle pour parler au monde. On parle au monde qu’à partir de notre lieu.
La pierre c’est le « dur », cela renvoie au permanent à l’ininterrompu. L’eau coule et fait donc penser au temps qui passe, symbole de la vie. La mer c’est le symbole du départ.
La photo peut fixer ce temps. Il y a une tension dans mes textes entre le « dur », la permanence et les autres éléments plus fuyants. Il y a une nécessité de se remémorer tout cela.
Il y a donc une interrogation sur les thématiques mais aussi sur la mémoire, le temps, l’histoire, le monde. Mon œuvre se base sur des faits historiques, sur la mémoire…Et en même temps, c’est un récit assez particulier qui travaille sur les décalages avec un croisement entre des photos et des textes.
Ce n’est pas une exposition de photo car je ne suis pas photographe mais fondamentalement un poète. Pour créer de l’émotion, il faut en créer une avec le public, lui permettre de rentrer dans mon univers. Ici, la photo n’est pas une illustration du texte et le texte n’est pas là, pour illustrer la photo.
Le texte permet de mettre en mouvement la photo et permet de raconter une histoire qu’on ne voit pas. Le texte est comme l’eau, comme l’écoulement du temps. Si je prends une fenêtre en photo, je ne parlerai pas de la fenêtre car c’est simplement un élément déclencheur.
Ce travail s’inscrit dans un cadre. Déjà en Algérie, j’établissais des rapports entre politique et histoire, théâtre, vie culturelle et travaillais sur la mémoire dans la formation des identités individuelles et collectives.

La mémoire est un leitmotiv dans vos œuvres, et particulièrement dans cette exposition, pourquoi ?

A travers cette exposition je veux montrer comment moi, en tant qu’artiste, je pose la question de la mémoire, comment je relate un récit. Même s’il est personnel, il est à la fois réel et à la fois imaginaire car l’art c’est aussi l’imaginaire. La mémoire est une forme de connaissance du passé, de rapport au passé… Est-ce que le travail sur nos mémoires nous permet de nous réapproprier notre passé pour pouvoir nous émanciper ou bien cela créé-t-il un rapport mortifère, traumatisant qui nous enferme ? C’est une question de fond !
D’un côté, on a une ouverture avec une reconnaissance de l’autre ou bien cela nous enferme dans un rapport exclusif, notre identité est figée.
Comment dans ces lieux marqués, tourmentés, blessés et ancrés par la guerre, la violence, la solitude et le départ, comment habiter le monde, ce monde? Comment vit-on, appréhende-t-on notre rapport au passé aux différentes formes et expressions du passé? Comment vit-on ce rapport ? C’est un rapport complexe. Et tout se généralise au monde. D’ailleurs, le premier panneau à l’entrée que l’on voit, est un genre de conte : « Et la pierre dit à la pierre : j’arrête là ma course, la terre est trop petite pour moi, vaste est ma solitude, j’interromps là le récit de l’improbable rencontre, d’autre viendront après moi et le reprendront et le marqueront de leurs rêves et de leurs brûlures, c’est une manière à eux de dire et de nommer le monde pour l’habiter de nouveau ». Comment habiter le monde ? Car il devient de plus en plus inhabitable… C’est une histoire personnelle qui me semble parler à tout le monde.

Vous avez un parcours assez atypique, qu’est-ce que votre histoire personnelle vous a appris ?

C’est un hommage à des éléments de ma famille et à l’Algérie qui a souffert avec cette guerre. Pour que ces gens-là ne soient pas oublié, un travail de témoignage. Je rends hommage à ma filiation car mon père était tailleur de pierre. Les pierres sont encore là d’ailleurs c’est avec celles-ci qu’on a bâti la maison qui est en ruine. Au départ de mon travail je n’avais pas pensé tout de suite à mon père, puis au fur et à mesure c’est venu. J’ai commencé par me dire que j’allais travailler sur le thème de la pierre et de la ruine et j’ai réalisé à ce moment-là que c’était un hommage. La nouvelle génération s’empare de la pierre pour en faire quelque chose. Moi aussi je travaille la matière : la mémoire, l’histoire pour essayer de construire une maison commune alors que mon père c’est une maison que l’on peut habiter. Moi, je contribue à cela dans sa continuité, dans une même filiation. La pierre est un socle, une base solide.

Que voudriez-vous transmettre à travers cette exposition ?

Je veux que l’on garde les événements en mémoire. La mémoire de l’émigration et son histoire, comprendre ce phénomène : le rejet et l’acceptation qui est un problème sensible aujourd’hui. Il faut travailler sur les représentations et les mentalités et voir comment on peut changer cela.
Mon travail sur l’histoire, c’est d’essayer de la rétablir : la France est un pays d’émigration avec des étrangers qui lui ont apporté leurs cultures. C’est une fabrication multiculturelle ! Et il faut mettre en valeur les apports de l’émigration. Je suis très actif et travaille tant sur le plan associatif que culturel et artistique. Le festival Strasbourg Méditerranée est un grand festival dont le thème est la mémoire de l’émigration, les rapports nord-sud… Mon travail est une démarche, un parcours individuel, et en même temps une démarche artistique et mutuelle. Je pense d’ailleurs publier un livre qui regroupera l’exposition.
Je veux que, grâce au partage des émotions, tout cela montre l’universalité.

Quelles sont les réactions du public en général ?

Mon travail semble apprécié. Le festival de Strasbourg attire beaucoup de personnes (entre 20 000 et 25 000) et a un fort impact. Je travaille énormément avec des jeunes… des jeunes du quartier. On pose les thématiques dans l’espace public. « Les Témoins du temps » a une importante fréquentation l’année dernière elle est restée en place du 30 novembre au 4 janvier. Les gens aiment beaucoup le croisement textes-photos. Il y a un partage des émotions, cela devient une histoire universelle les gens se reconnaissent même s’ils sont d’une autre culture.

Comment êtes-vous arrivé dans le Festival Les Nuits d’Orient ?

J’ai été invité car on a découvert mon travail. Je rends d’ailleurs hommage au festival, à la ville et surtout à deux associations qui porte ce projet et le défendent: Un livre, une vie qui fait un travail magnifique, elle envoie des livres en Algérie et en Kabylie et La voix des mots, partenaire de ce projet. C’est grâce à ces associations qui ont cru en ce projet que mon exposition est devenue un événement phare du Festival. Cela permet de faire circuler les idées et de créer un lien pour faire avancer les choses par les œuvres, les rencontres, et le partage des idées de reconnaissance de l’autre contre le rejet, le racisme, et la haine.

Reportage : ateliers de cuisine

Pour la petite histoire…

Le Festival des Nuits d’Orient parcourt les terres orientales sous de multiples facettes. Cette année encore, les cultures où l’Orient et l’Occident se rencontrent, se découvrent et partagent des moments de vie et de culture loin de tous les clichés.

C’est à travers différents ateliers culinaires autour des pays maghrébins que Fouzia et Rabia, nous ont fait part de leurs talents pour réaliser ensemble, une chorba frick, soupe traditionnelle algérienne digne du nom, ainsi que de délicieux petites fékasses pour parfaire nos desserts.

C’est autour d’une ambiance conviviale que nous nous sommes retrouvés au centre Balzac de Dijon, afin de cuisiner ensemble ces saveurs orientales.

Groupe de six femmes, toutes venues des 4 coins de la région afin de partager les unes avec les autres ce moment en cuisine.

Et pour vous donner l’eau à la bouche, voici quelques images de ces agréables rencontres…

En vous souhaitant un bon appétit ! شهية جيدة

La chorba frik, d’origine d’arabe qui veut dire liquide, est une soupe à base de blé vert concassé et de viande, consommée en Algérie.

Chorba Frick

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Pour 6 personnes
Préparation : 30 minutes
Cuisson : 30 minutes

Ingrédients :

 · 500 g de filet de dinde

 · 500 g de viande hachée

 · 2 briques de coulis de tomate

 · environ 80 g de Frik (soit 4 cuillères à soupe)

 · 1 bouquet de coriandre

 · 1 tête d’ail

 · 1 oignons

 · ¼ de poivron vert

P1050217 · 1 cuillère à soupe de Raz el Hanout

 · 2 cuillères à soupe d’huile tournesol

 · 1 cuillère à soupe de sel

 · Une pincée de poivre

 · 1,5 l d’eau

Recette :

Détailler les filets de dinde en plusieurs petits morceaux, peler l’oignon et l’ail, et les ciseler. Faire de même avec la coriandre, que vous séparerez en deux portions. Une partie sera conservée pour décorer et assaisonner votre plat.
Faire revenir l’huile dans un fait tout avec la dinde. Ajouter un peu de sel, et de poivre.
Constituer une boule avec la viande hachée, où vous ferez un petit creux au centre afin d’y placer votre oignon, une cuillère à café de sel, poivre ainsi que la moitié de l’ail. Mélanger le tout en malaxant afin de constituer une boule. Faire de petites boulettes avec le tout. Réservez.
Ajouter à la préparation 1 cuillère à soupe de Raz el hanout, une pincée de sel, 2 briques de coulis de tomate, 1,5 l d’eau. Porter à ébullition.
Ajouter le frik ainsi que les boulettes au fur et à mesure. Ajouter le quartier de poivron à la cuisson. Recouvrez. Laissez cuire à feu doux pendant une demie heure, remuez de temps en temps.
Servir chaud, et ajouter à l’assiette un peu de coriandre.

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Fékasses aux amandes

 

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Ingrédients: (pour 1 kg de fekasses)

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· 1 bonne cuillère à soupe d’anis en poudre

· 200 grammes d’amandes entières

· 4 verres d’huile de tournesol

· 1 kilo de farine

· 7 oeufs entiers

· 2 jaunes d’oeuf

· 1 cuillère de café moulu

· un petit bol de sucre

· 1 sachet de levure chimique

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Recette :

Couper les amandes en petits morceaux. Dans un saladier, mélanger les oeufs, le sucre, l’huile, la levure et les amandes coupées. Puis ajouter la farine petit à petit jusqu’à obtention d’une pâte homogène. Malaxer et faire des boudins avec la pâte.

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Préchauffez le four à 200°.

Placer les boudins sur un lèche-frite recouverte de papier sulfurisé. Dorer-les avec le mélange des jaunes d’oeuf et du café puis faire des raignures sur les boudins à l’aide d’une fourchette. Cuire à demi-cuisson pendant 20 minutes. Attendre que les boudins refroidissent et les couper en tranches fines. Enfourner à nouveau jusqu’à ce que les tranches soient dorées.

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Avec un bon thé à la menthe ou un café… c’est croquant et délicieux !

Reportage mené par Ophélie Marmont et Amandine Eymes.